Infernal Man-Thing 1

Les tiroirs de “la Marvel” (comme on dit « la Paramount »)
doivent regorger de projets un peu baroques comme celui-là, en stock ou en
cours depuis des années. Si j’ai bien compris en l’occurrence ici : un
scénariste, Steve Gerber, décédé depuis (en 2008 pour être précis), dont c’était
un projet en développement depuis des années. Un dessinateur, Kevin Nowlan, qui
s’était entiché de l’idée et avait décidé de la réaliser intégralement en
peinture ( !), càd une page par semaine, au mieux, en sus de ses autres tâches
(qui rapportaient, elles, de quoi remplir le frigo). Et un personnage sortant d’une
vieille série des années 70, franche copie du « Swamp Thing » de DC,
vaguement revenu à la mode pour son rôle de transporteur écologique dans « Thunderbolts ».
Autant dire qu’il n’y a quand même pas de quoi exciter les foules.
Néanmoins ce single est arrivé dans mon colis mensuel.
La couverture d’Art Adams ne rend à mon avis pas hommage au
contenu réel et surtout au travail pictural de Nowlan, mais au moins ça
ressemble au Man-Thing auquel les jeunes lecteurs des Thunderbolts sont
habitués.
L’intérieur est une franche réussite, qui nous éloigne
franchement des combats en spandex habituels. Un scénariste au bout du rouleau,
qui raconte sa vie à une serveuse dans un motel perdu, et qui parle à un
arbuste qui l’accompagne, un Man-Thing qui erre dans son marais, et des pages
délire /onirique entre Man-Thing et des icones pop ( ?? oui c’est assez
difficile à décrire…).  On ne voit pas
trop comment tout cela va  évoluer, mais
c’est franchement réjouissant ; notamment concernant le récit de la chute
du scénariste ; comment ne pas y voir à la fois un commentaire de Steve
Gerber sur sa propre carrière, et en même temps un judicieux retour sur l’histoire
« Song-Cry of the living dead man », réimprimée en fin de volume.
Très fort.
D’un point de vue graphique, même si le niveau est TRES au
dessus des productions habituelles de super-héros, je dois avouer avoir été
légèrement déçu du résultat final. Si certaines scènes « peintes »
sont magnifiques (notamment les pages pleines de Man Thing), avec des rendus de
vert délicieux, des fonds en sfumato superbes ; les pages plus classiques n’ont
pas le même effet et auraient peut être été aussi efficaces en dessin « classique »…
quoi que le détail des visages est quand même exceptionnel, et qu’au moins cela
nous fait sortir des rendus classiques auxquels nous sommes habitués (cf la
page où le scénariste apprend son licenciement…).
Au global, tant par le côté décalé du projet, par le
caractère très libre et original du scénario et par le dessin superbe et délicat,
on ne peut que suivre cette mini-série. Seul regret en ce qui me concerne ;
j’aurais dû attendre le TPB (s’il arrive un jour !).
Note finale : 8.5/10
Revue de web :
Benjamin  Bailey, pour IGN, y voit « a surreal
trip », où “every page is a painted masterpiece” :
http://uk.ign.com/articles/2012/07/05/the-infernal-man-thing-1-review
Pour CBR, Ryan K. Lindsay décrit «a twisted and darkly intense tale about futility
and choice
”, on ne saurait mieux dire :
http://www.comicbookresources.com/?page=user_review&id=4930
Iann Robinson, dans Craveonline.com, « ose » ne
goûter que peut à un script « too clever » et à des dessins qu’il
compare à des « soulless watercolors
from a dentist’s office
 ». Pas totalement faux… :
http://www.craveonline.com/comics/reviews/191675-infernal-man-thing-1-living-dead-man
Dans
Majorspoilers.com, Matthew Peterson aime finalement « some
very peculiar and
charming art from Nowlan and a story that reminds me of Gerber’s strongest works
”
:
http://majorspoilers.com/2012/07/06/review-infernal-man-thing-1-of-3/
Visiblement la websphère comics française a peu goûté cette
série et je n’ai trouvé aucune revue en ligne…

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