Etrange objet que cet opéra de Rameau, Platée, vu cet après midi au Théâtre Municipal de Tourcoing (Atelier Lyrique bien sûr).
Etrange parce que, dans la musique baroque française, c’est une des très rares exceptions à l’esprit de sérieux qui prévaut, et qui contient non seulement des passages, mais dont le but même est franchement comique.
Etrange parce que, d’une manière étonnament moderne, Rameau a fait un pastiche de cet opéra baroque français parfois si pesant et si plein de conventions, et se moque des bergers et des bergères, des nuées d’oiseaux, des arias, des amours des dieux, et même de certaines formes musicales ; il ne respecte finalement pas grand-chose ce Rameau qu’on croyait doué mais empesé.
Etonnant par la morale de cette histoire qu’on a du mal à cerner, la « grenouille prétentieuse et ridicule » qu’est sensée être Platée a un certain charme, et finalement la violence d’un dénouement qui voit l’humiliation de Platée, le triomphe de l’amour conjugal de Jupiter et Junon, et le suicide (?) de Platée…
Etrange par la mise en scène aussi, car c’est un esprit de farce et de non conformisme qui y a prévalu, avec une réussite mitigée de mon point de vue ; ça fait bien longtemps que des figures hip hop ne font plus peur au public de l’opéra, et les ombres chinoises sont charmantes mais un peu rétro. Les costumes de Sylvie Skinazi sont soit franchement modernes (une combinaison de cuir), soit d’inspiration commedia dell’arte (celui de Jupiter), soit carrément inclassable (Platée bien sûr), bref ça part dans tous les sens et ça manque un peu de cohérence. Les acrobaties circassiennes le long de la barre verticale qui traverse le décor sont finalement de bon aloi et bien intégrées dans l’action.
Les voix, comme d’habitude à l’Atelier Lyrique, sont de haute tenue. Paul Agnew, bien sûr, campe une Platée irréprochable et à l’abattage impressionnant. J’ai remarqué aussi en particulier Cyril Auvity, dans les rôles de Thespis et Mercury, dont le timbre fait merveille.
Une belle découverte, et si l’œuvre ne regorge pas de moments inoubliables, c’est pour elle-même qu’elle nous intéresse et nous captive. Well done, Rameau !
L’avis de Jean-Marie Duhamel de la Voix du nord : http://www.lavoixdunord.fr/region/platee-de-la-scene-de-tourcoing-a-l-opera-royal-jna987b0n1017670

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