Faut-il retourner voir en concert ses idoles d’adolescent, 30 ans après ?
A l’entrée en scène de Robert Görl et Gabi Delgado à l’Aéronef hier soir (dans le cadre du très réussi festival BLN+), on pouvait légitimement se poser la question. Le premier, dont on gardait en mémoire une image de dandy émacié nordique diablement sexy, ressemblait plus maintenant à un fidèle supporter du Borussia Dortmund ayant un peu trop abusé de la bière ces dernières années. Pour le 2ème, brun ténébreux, parangon de sensualité trouble et politiquement incorrecte dans les années 80; on croirait plutôt avoir à faire maintenant à un Directeur Financier chauve en route pour le Congrès des experts comptables. Malaise. Cela dit, J. me dit que je lui ressemble et je prends ça comme un compliment.
De plus, on voit Robert Görl enfiler un CD dans une platine ( ?!) et s’installer derrière une batterie qu’il jouera en live pendant le concert. Pour des fers de lance de la musique électronique, d’où vient cette idée saugrenue de jouer de la batterie, à part qu’il puisse se donner une contenance sur scène ?
DAF, avec un certain à propos, démarre le concert sur l’incontournable « Verschwende deine Jugend » ; et dès les premières notes, le malaise se dissipe un peu. L’orchestration est très similaire aux productions d’origine ; ils ont résisté à la tentation du « remix 2013 David Guetta » ou du « Nouvelle Vague sound », ce dont on peut leur être gré. Quant à la voix, certes Gabi ne produit plus les sortes d’aboiements martiaux si typiques, mais à la place une sorte de déclamation furieuse qui fait aussi son effet.
Aux premières notes du 2ème morceau – déjà l’indépassable « Der Mussolini » – , on se dit que leur musique a quand même bien vieilli et un frisson parcours la foule sur les sons de l’intro, reconnaissable entre mille. Quelques spectateurs esquissent même, à l’instar de Gabi, une chorégraphie sommaire, à droite et à gauche, sur le « Dreh dir nach rechts / dreh dir nach links »…
Puis les morceaux s’enchaînent, pas forcément les plus connus, choisis dans les 3 premiers albums, la période « historique » donc. Citons par exemple « Muskel », « Alle gegen alle », « Sato Sato ». Intéressant donc qu’ils passent à la trappe la « suite » de leur carrière, on aurait par exemple pu s’attendre au moins à une reprise de leur « Brothers » de 1986, comme le fait assez ironiquement le jeune Yan Wagner sur scène. Ou à de nouvelles chansons, ou des reprises de morceaux emblématiques de la période. Mais non, pas de tout ça chez nos allemands favoris. Ils ont compris que leur apport à l’histoire de la musique (soyons grandiloquent !) était réel mais compris dans ces 3 albums magiques, et s’y tiennent. Bonne et sage décision. On n’est pas dans la tournée « Stars 80 » non plus !
Après 1 h de concert, le duo s’éclipse pour un premier rappel, « Der Rauber und der Prinz », dont le potentiel pop apparaît évident comme jamais alors que la salle reprend (timidement) le refrain ; puis pour un 2ème rappel, l’assez inattendu « Alles ist Gut ». Comment mieux finir un concert finalement ?
Faut-il retourner voir ses idoles, 30 ans après ? Pas si l’on veut revivre la même chose, car leur moment de gloire, de génie et d’inspiration est passé et ne reviendra plus ; mais que ses idoles nous rappellent pourquoi elles l’ont été, pourquoi se priver de se plaisir ? D’autant plus si, comme dans ce cas, elles le font dignement !


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