On avait connu Fabrice Neaud pour son oeuvre graphique et autobiographique, et les 4 tomes de son « Journal » étaient de vraies oeuvres graphiques, à la fois intimes, réflexives, au style personnel et affirmé, et auxquels on s’attachait très facilement.
Mais il faut bien reconnaître qu’il était cantonné à un créneau « auteur », et qu’on attendait avec une certaine curiosité son « Nu-Men », soit son arrivée sur un domaine science-fiction grand public dont on se demandait comme il allait s’en sortir.
La réponse est claire : fort bien. Neaud tisse une série ambitieuse, référencée, politisée, fort fouillée, et construit un univers original et une narration maîtrisée.
Série ambitieuse : Neaud nous projette dans un avenir proche, où les Etats Unis ont sombré suite à une catastrophe naturelle, où l’Afrique a été décimée par une pandémie de Sida / Ebola accompagnée de nano technologie non maîtrisée, et où l’Europe, le Moyen Orient et l’Asie mènent la danse dans une société très hiérarchisée. Ce souci d’une recréation d’univers rappelle d’ailleurs The Massive de Brian Wood, récemment traduit en français, qui lui décrit un univers post apocalypse climatique.
Série fouillée, car les personnages sont riches, denses, et après 2 tomes portent encore de nombreux mystères dont on aimerait vraiment avoir les clés. Ainsi, le héros Anton est un soldat culturiste, dévoué, indépendant d’esprit, mais aussi au passé d’escort…Son ancienne subordonnée, Savolainen, se transforme subitement en (Wo)Men in Black ce qui nous fait supposer qu’elle est moins innocente qu’on ne veut bien nous le dire. Même un des méchants, Mtislav, se révèle avoir un passé et sa psychologie familiale rentre largement en compte dans son comportement. Bref, Neaud ne nous prend pas pour des imbéciles et nous livre de solides caractères.
Narration maîtrisée, car sous des dehors d’apparente fluidité, il réussit dans chacun des tomes de 48 pages à nous présenter une foule de personnages, une diversité de lieux, de temps, et le tout en étant parfaitement clair et limpide (du moins autant qu’il veuille l’être à ce stade du récit). On remarquera d’ailleurs dans le 2ème tome que celui qui était le « héros » du 1er tome n’apparaît qu’à la 20ème page, signe que le récit sera plus polyphoniqu qu’on aurait pu supposer.
Enfin, et c’était peut-être là où l’on attendait le plus l’auteur, le trait de Neaud se révèle tout à fait adapté à son histoire. On retrouve les corps musculeux et virils qu’il aime à dessiner, mais aussi des visages travaillés, des scènes d’action frappantes, des pages de paysages urbains assez surprenantes. La mise en couleur rend son trait encore plus dynamique et vivant. Tout au plus pourrait-on regretter l’absence de pages vraiment frappantes par l’originalité de la composition ou du sujet, et encore est-ce sans doute un choix volontaire.
Au global, Neaud tient toute ses promesses, et l’on est impatient de suivre la suite de la série, qu’on espère longue.
Quelques liens :
« Un retour inattendu et fracassant » : http://www.actuabd.com/Le-Retour-inattendu-et-fracassant
« Une très grande saga de science-fiction » pour Sebso : http://par-la-bande.blogspot.fr/2013/08/nu-men-tome-2-quanticafrique-de-fabrice.html, qui avait déjà apprécié le tome 1 : http://par-la-bande.blogspot.fr/2012/01/nu-men-tome-1-guerre-urbaine-de-fabrice.html



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