Ce livre, c’est tout ce qu’on aime et tout ce qui nous énerve dans une certaine littérature française, plus précisément une certaine littérature parisienne.

Tout ce qui nous énerve, parce qu’on est dans une littérature de l’entre-soi, tout le livre s’adresse à son éditeur récemment décédé (Jean-Marc Roberts, dont le nom est bizarrement omis, à quoi bon ?) et narre ses derniers mois de relation amicale entre l’auteur et lui, on quitte rarement le 5ème arrondissement de Paris (sauf pour aller en Grèce ou dans des salons du livre), on passe beaucoup de temps à décrire les appartements, les repas et les plats du resto italien d’en bas, les intrigues littéraires et les manoeuvres pour obtenir des prix littéraires, les conquêtes amoureuses, les statues du square de la rue, l’allumage de pipe en toute circonstance et les bienfaits qu’il procure à l’auteur, que sais-je encore…C’est souvent anecdotique, il y a de nombreuses pages qu’on survole en vitesse, un contentement de soi même dans le détail de ses propres doutes et de ses propres faiblesses, quelque chose qu’on pourrait résumer en un mot un peu désuet : la fatuité.

Mais aussi tout ce qu’on aime, parce qu’il faut reconnaître que le bonhomme a du talent. Tout cela se lit avec plaisir, l’écriture est souple, fluide, élégante, parfaitement maîtrisée. La langue est belle et s’intéresse aussi à elle-même. Les formules choc abondent (« la Grèce est à vendre mais personne ne veut l’acheter »), les moments oniriques font souvent mouche alors qu’ils pourraient facilement sombrer dans le ridicule, les notations justes abondent, les digressions sont de bon aloi. Et les parties se déroulant en Grèce, bizarrement, se révèlent passionnantes, quelque chose comme un hybride en autofiction, roman et journalisme.
Au final, il faut reconnaître une lecture agréable, un roman qui se lit avec plaisir, et qui donne envie d’en savoir plus sur les sujets qu’il aborde. Mission accomplie, non ?

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