Apprécier Captain America : Blanc, c’est comme apprécier une crucifixion ou une vierge à l’enfant par un artiste de la Renaissance. Ce n’est pas le sujet ou l’histoire qui importe, mais la manière, le style, l’intention, les détails qui comptent et qui font tout le seul de l’oeuvre.
Ce Captain America : Blanc raconte une histoire qu’on a déjà lu 100 fois : celle de Cap et de Bucky, de la Seconde Guerre Mondiale, des combats menés avec Nick Fury et ses Howling Commandos; avec cette saveur vintage – déjà vu 100 fois aussi – d’appeler les Allemands « Fritz » ou « Fridolins », et bien sûr la méditation de Steve Rogers sur sa responsabilité vis à vis de Bucky. Aucune mention de tout ce qui s’est passé par la suite, de Civil War, du Soldat de l’Hiver; on reste centré sur les origines. Et pourquoi pas.
Non, ce qui est remarquable ici, c’est l’incroyable qualité du dessin de Tim Sale. A la fois très peu actuel, presque caricatural parfois, mais extrêmement expressif, parfois surprenant de modernité, abusant des cadrages en gros plan (celui sur Crâne Rouge, mes aïeux…), avec tellement de planches de toute beauté, qu’on aimerait presque découper pour les afficher (si !).
C’est aussi pour ça que ces albums spéciaux, hors continuité, sont si précieux : les auteurs en font une oeuvre personnelle, ils prennent le temps de la peaufiner; on est à des années lumières de la production à la chaîne d’une sortie mensuelle, parfois bâclée.
Et à bien y regarder, le scénario de Jeph Loeb est plus subtil qu’il n’y paraît, et aborde des thèmes presque incongrus pour Cap : la rencontre avec des femmes dans un bar; la rivalité avec Nick Fury; l’attachement excessif à Bucky dont il admet lui-même qu’il lui fait courir des risques inutiles.
Bref, avec ces personnages qui ont plus de 75 ans, il est encore possible de raconter des histoires qui nous tiennent en haleine, et qui permettent à des artistes d’exception de s’exprimer. A quoi d’autre devraient servir les comics ?
On notera aussi avec intérêt que pour Romain sur Marvelplanet.fr, « Captain America « White », est une formidable lecture, un passionnant voyage, un vibrant hommage, tout simplement un véritable plaisir de lire et de regarder un tel comics ». Difficile de faire mieux, non ;)?



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