Comme quoi, les prix et les festivals, ça sert à quelque chose. Sans le Fauve d’Or que cet album, pardon, ce roman graphique de Jérémie Moreau a décroché à Angoulême en 2018 (et sans la chronique de La Dispute sur France Culture), je n’aurais sans doute pas repéré cette oeuvre, assez éloignée de mes lectures habituelles.

J’ai apprécié beaucoup de choses dans ce qui se veut une saga : la densité et la richesse du récit d’abord, 232 pages quand même, il faut un peu de courage et d’appétit pour aborder l’histoire. Et pourtant, cela se lit facilement, presque trop vite. Les pages se tournent les unes après les autres, à vrai dire le texte est plutôt rare ce qui va bien avec l’histoire et les personnages. J’ai aussi été impressionné par l’ambition et la virtuosité des styles abordés par l’auteur : la saga, on l’a dit, le roman initiatique, le conte moral, l’histoire d’amour, la parabole, le roman historique (on sent que l’auteur s’est vraiment imprégné de l’histoire et des paysages de l’Islande), tout cela se mêle dans une bande dessinée généreuse. La variété des styles abordés amène presque naturellement la variété des ambiances graphiques, tantôt sombres et tortueuses, tantôt froides et glaciales, tantôt grises et tristes. Car oui, il faut le dire, on ne rigole pas beaucoup chez Grimr, comme son nom l’indique si j’ose dire. Jérémie Moreau ne fait pas dans la saga hollywoodienne avec happy end obligatoire, et c’est tant mieux.

Enfin, et c’est peut-être le plus important, c’est graphiquement très cohérent et superbe. Avec une relative économie de moyens, sur une base magnifique d’aquarelles, l’auteur nous restitue à merveille des paysages, des situations, des personnages, des anecdotes, avec une belle inventivité du trait, des planches naturalistes superbes, des actions et des découpages parfois haletants, et un style parfois proche de l’expressionnisme qui impressionne. Ce Fauve d’Or n’est pas tombé de nulle part !
S’il fallait avoir quelques réserves, je dois reconnaître que le personnage de Grimr lui-même m’a semblé un peu fruste et limité, et j’ai eu du mal à m’attacher à lui. C’est peut-être l’aspect saga, héroïque, un peu surnaturel, qui pèche dans le livre qui a parfois du mal à décoller et qui ne m’a pas toujours emmené aussi loin que je l’aurais souhaité ou imaginé. Le lien entre le Grimr et la terre d’Islande et ses volcans aurait pu être plus développé pour devenir plus charnel, plus réaliste.
Néanmoins, par son originalité, sa qualité de narration et graphique, cette Saga de Grimr est largement recommandée.
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