Après s’être saisie de différents sujets comme le destin d’une famille harkie dans ses romans précédents, Alice Zeniter tente un alliage improbable dans son dernier livre, entre le monde des hackeurs, avec le beau personnage féminin de L, et celui de la politique, avec Antoine, assistant parlementaire d’un député PS.

A l’image de ce duo, le roman n’est qu’à moitié convaincant. Autant la figure de L fascine, son approche du monde étonne, ses réflexions détonnent, son hacktivisme intrigue ; la documentation visiblement riche et solide de l’auteur rend tout cela très crédible, très informé ; presque trop tant parfois on a l’impression d’une restitution brute de recherches documentaires. Mais on a néanmoins affaire à un être de sang et de chair, avec des sentiments contradictoires, complexes, qu’on partage vraiment.
A l’inverse, le personnage d’Antoine est falot, sans réelle vie intérieure, son projet littéraire est inconsistant, on n’arrive pas à accrocher à sa description ; seulement à la fin du livre a-t-on l’impression qu’il existe vraiment. Sans doute est-ce aussi ce que Zeniter a voulu nous faire penser de lui, mais cela ne le rend pas beaucoup plus intéressant. Pour autant, certains thèmes que le roman est censé aborder (les gilets jaunes) soit ne le sont pas vraiment (Antoine assiste à une manifestation à Paris et garde le t-shirt d’un gilet jaune qui se fait gazer sous ses yeux…), soit le sont par des biais très détournés (la communauté de vie de Xavier en Bretagne). Et c’est plutôt mieux comme ça.
La galerie de personnages est plutôt réussie, on aurait même aimé en savoir un peu plus sur certains (Fatou, Xavier), alors que le roman fait déjà 400 pages et qu’on s’ennuie un peu parfois, ce qui est paradoxal. Mais néanmoins on s’accroche, parce que c’est bien écrit, parce que l’auteur sait nous rattraper par la manche, parce que tout à coup une énumération poétique nous donne envie de relire un paragraphe. Elle explique dans Affaires Culturelles qu’elle se donne parfois des défis, « et si j’essayais de décrire la chute d’un acrobate telle que lui la ressent » ; c’est à la fois un peu démonstratif (on sent qu’elle s’est donné ce défi d’écriture) et la plupart du temps réussi ; un peu comme un tour de force d’une chanteuse qu’on sent arriver, qu’on écoute avec attention, et qu’on applaudit à la fin.
Bref, mon premier roman de la rentrée littéraire m’a fait découvrir une auteure riche à l’univers foisonnant ; et si ce livre n’est pas totalement convaincant, il a suffisamment de qualités pour le recommander et continuer à suivre Alice Zeniter.

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