L’art de la reprise : Emel et David Bowie

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Je dissertais doctement la semaine dernière sur la reprise du Smalltown Boy des Bronski Beat par Kele, et m’interrogeai sur ce qui faisait le succès ou non d’une reprise. Et je déplorais le manque de folie, d’originalité de cette dernière. Comme pour confirmer cela, ce matin, en écoutant ma playlist du petit déjeuner sur Spotify, dès les premières notes d’un nouveau morceau, pourtant toutes simples et calmes, tout à coup mes oreilles se connectent, mon cerveau reconnaît une mélodie connue mais non encore identifiée, mes mâchoires s’arrêtent de mâcher…C’est Emel qui vient de démarrer une reprise de « The man who sold the world », crée par Bowie bien sûr mais déjà repris à d’innombrables reprises, dont la mythique version de Nirvana.


Et là, la touche d’originalité, de créativité est présente, l’émotion joue à fond, c’est une pure beauté. La voix, à la fois claire et puissante d’Emel, rend parfaitement justice à l’imparable ligne mélodique de Bowie. Emel prend tout son temps, la chanson est ralentie, très ralentie, comme si elle voulait en apprécier à fond chaque note, chaque nuance. L’instrumentation est simple et touchante, et ne se lance pas dans l’imitation de la ligne de guitare originale, ce qu’on regrettera peut-être un peu, car c’est un des riffs les plus emblématiques du rock. Mais surtout, la voix, cette voix, qui ne cesse de surprendre tout au long de la chanson par son pouvoir évocateur, par sa limpidité, par ses subtils trémolos, par sa délicatesse cristalline, par sa puissance.


Et puis, tout à coup, à 3:38 sur cette vidéo, Emel Mathlouthi donne l’impression de lâcher prise, de larguer les amarres, et sa voix part dans des contrées lointaines et nous entraîne avec elle, atteint des aigus inattendus, dont le seul souvenir me donne à nouveau la chair de poule. Du grand art.


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