John le Carré, L’héritage des espions : commencer par la fin

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Commencer l’œuvre d’un auteur prolifique comme Le Carré par la fin, c’est une drôle d’idée, et peut-être aussi une manière de se rassurer sur le fait que sa thématique centrale sur l’espionnage est / ouest pendant la guerre froide reste pertinente 40 ans après la fin de cette même guerre froide. En résumé : oui, cela reste pertinent, car le thème n’est pas l’espionnage ni la guerre froide, mais tout simplement l’histoire, les personnages, la psychologie humaine ; bref ce qui fait l’étoffe de la littérature depuis des siècles. 

L’intrigue et les personnages de L’héritage des espions couvrent une large période : les années 30, la 2nde guerre mondiale, la guerre froide, la chute du mur, et “nos jours”. En jouant avec une ligne de vie assez longue de Peter Gillam, son personnage principal, John le Carré tresse une fresque historique impressionnante; et c’est d’ailleurs un des thèmes principaux que les valeurs, les motivations, le sens de nos actions qui évoluent grandement sur une si longue période. 

Dans ce livre, l’art de Le Carré est d’une part celui du dialogue, avec de longues séances d’interrogatoire, mais plus originalement un art du rapport. Une bonne moitié du livre est constitué des rapports, compte-rendus, courriers écrit dans le cadre des opérations évoquées. C’est parfois raide et lourd, mais Le Carré sous-tend tout cela de différents niveaux de lectures, de rapports contradictoires, de déclarations différentes; bref rien n’est ce qu’il semble être, tout est complexe, un secret en cache souvent un autre, et finalement on ne sait jamais trop où on en est. Malgré tout, le style est impeccable, élégant, précis, pointu, plus élaboré, plus juste que je ne l’aurais cru. Espionnage ne veut pas dire moins disant littéraire. Précisions que la traduction de “A legacy of spies”, impeccable elle aussi, est due à Isabelle Perrin. 

As photographic setting for picture story of British spy-thriller writer David Cornwell, shown on dark rainy street, looking suitably furtive in spy manner. (Photo by Ralph Crane/The LIFE Picture Collection/Getty Images)

Le Carré a aussi un talent pour camper des personnages – talent magnifié par la lecture de Vincent Schmitt, puisque j’ai écouté ce livre sur Audible – , et j’ai un faible particulier pour Bunny, le juriste du Cirque, tout en fausse décontraction, en feinte amabilité, en circonvolutions oratoires, assez jouissif. 

Je suis conquis. Ma seule question maintenant : par quel bout aborder le reste de cette œuvre riche et touffue ? 


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