Céline Dion a sorti hier soir à minuit un nouveau titre, Dansons, marquant son grand retour après des mois de spéculations et une attente médiatique considérable. À peine le morceau mis en ligne sur les plateformes, Le Monde s’en est donné à cœur joie dans sa critique du nouveau « son ». Je n’avais pas repéré sa patte, mais Bruno Lesprit fait fort dans son article « Dansons de Céline Dion : un nouveau single déjà daté » : une chanson « d’un autre temps », où Jean-Jacques Goldman « convie Céline Dion à un thé dansant », à l’esthétique « entre Barbra Streisand et Nana Mouskouri », « une voix doucereuse traitée avec des effets »… N’en jetez plus la cour est pleine !
Pourtant, cette chanson mérite-t-elle tant d’opprobre ? À vrai dire, elle rappelle simplement la nature profonde de l’art de Céline Dion : ni rock, ni pop, ni même vraiment variété française, mais une digne représentante du courant de la variété internationale.
Mais késako la variété internationale ? C’est une musique de production, qui s’appuie sur des arrangements riches (cordes, synthétiseurs) et une puissance vocale mise en scène pour toucher des publics sur tous les continents. Depuis cinquante ans, ce courant est jalonné de succès massifs, comme le très structuré The Winner Takes It All d’ABBA, les ballades millimétrées de Whitney Houston ou, plus récemment, le classicisme vocal d’Adele avec Hello. Céline Dion n’invente rien, elle applique une recette qui a fait ses preuves.
Dans cette logique, la résidence à Las Vegas est l’aboutissement logique pour un artiste de ce calibre. Bien avant le virage moderne pris par Céline Dion en 2003, des figures comme Elvis Presley, Frank Sinatra ou Tom Jones avaient déjà fait du Nevada le centre de cette musique « adulte » et orchestrale, loin du nomadisme des tournées classiques.
Le lien entre le lieu et le style est purement technique et commercial :
- Les moyens : La variété internationale demande des infrastructures sonores et visuelles massives que seules les salles fixes de Las Vegas peuvent rentabiliser (et à ce titre, les séries de concert de U2 à la Sphère sont sans doute à inscrire dans ce cadre…)
- Le public : En s’installant là-bas, l’artiste ne va plus vers son public, c’est le monde entier qui vient à lui dans un cadre touristique globalisé. Comme le monde entier va venir à Paris pour voir Céline Dion…
- Le statut : La résidence transforme le chanteur en monument. Le côté « lisse » et produit du genre trouve dans le cadre artificiel de Vegas un environnement cohérent où la perfection de la performance technique prime sur tout le reste.
Le morceau Dansons s’insère parfaitement dans ce cahier des charges. La construction est classique : un démarrage sobre en piano-voix qui bascule vers une orchestration dense, le fameux « mur de son » cher aux productions de Jean-Jacques Goldman.
D’un point de vue vocal, la voix puissante sur les refrains assure une mémorisation rapide, condition sine qua non du succès radio. La production mélange une rythmique moderne et des nappes de cordes traditionnelles, ce qui donne au titre une neutralité efficace. Il peut être diffusé n’importe où sans dérouter personne. Le thème — la danse comme réponse à l’adversité — est suffisamment large pour devenir un hymne universel et consensuel.

Alors oui, le titre n’est pas extraordinaire et ne marquera pas l’histoire du rock. Mais il « fait le job » avec une précision chirurgicale. On peut bien railler le côté « vieille école » ou le vernis trop brillant de la production : le résultat est là. Dansons n’est pas là pour réinventer la roue, mais pour faire tourner la machine. Pendant ce temps Céline, elle, fait déjà ses valises pour La Défense Arena.
Laisser un commentaire