En inauguration de sa résidence de 4 ans à l’Opéra de Lille, Daniel Linehan a donné cette semaine 2 représentations de sa dernière création, A gaze is a gap is a ghost.
Le dispositif scénique est en simple et prometteur : trois danseuses sur la scène, et un écran sur lequel sont projeté les images d’une caméra subjective, telle que voit une des danseuses.
On est occupé pendant les 1ères minutes à se demander comment ça fonctionne, à valider le principe entre les mouvements des danseuses et les images projetées, à commencer à apprécier la sorte de zoom sur les mouvements que cela permet, et la sorte de vertige que cela produit, entre les gestes amples projetés d’une part, et la représentation qui paraît plus calme sur la scène d’autre part.
Mais petit à petit, un doute s’installe, et au bout d’une dizaine de minutes, à l’occasion d’un déplacement face à la salle, on s’aperçoit que sur la projection, les fauteuils sont vides. Il faut bien admettre que c’est donc un enregistrement, un film qu’on regarde, et non des images prises en direct. On se met alors à regarder finement l’écart entre les images et le spectacle réel, parfois nul, parfois infime, parfois plus flagrant, anticipant par exemple les gestes des danseuses d’1 ou 2 secondes. Joli mise en abyme du mouvement et de la chorégraphie.
Linehan ne s’arrête pas là, et tout à coup cet égard s’agrandit, et l’on voit apparaître des phénomènes étranges sur les images : des fantômes qui passent en courant, des objets qui ne sont pas là…Et puis tout s’accélère et finalement les images s’offrent un tour sur la place du Théâtre, achètent des truffes chez le chocolatier, et reviennent dans la salle au bout de 2 minutes pour reprendre le cours du spectacle !
La dernière partie du spectacle jouera sur les transferts de points de vue, l’autonomie de l’image, et s’achèvera sur une belle séquence où les danseuses pourraient être derrière le mur de cartons où sont maintenant projetées les images, mais n’y sont pas vraiment.
Comme on peut le voir, le spectacle est assez conceptuel, et je dois avouer que les moments de danse pure m’ont un peu échappé, et que j’aurais du mal à décrire le style de Linehan, et à déterminer si j’en trouve les gestes beaux ou pas. En revanche, j’ai été beaucoup plus sensible à la musique, principalement vocale mais d’inspiration minimaliste, en partie enregistrée et en partie chantée en direct par les danseuses ; avec notamment une belle séquence où elles scandent respectivement leurs prénoms en se lançant un ballon…
En résumé, Linehan a su présenter un spectacle au dispositif malin et très réfléchi, mais n’emporte pas totalement l’adhésion sur la danse elle-même ; c’est néanmoins un chorégraphe dont je suivrai attentivement les travaux dans les années qui viennent pendant sa résidence.


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