
Dans son premier livre, « En finir avec Eddy Bellegueule » (indéniable sens du titre…), Edouard Louis évoque une enfance pauvre dans un village de Picardie, au tournant du siècle, et c’est bien sûr une grande claque que cette sorte de témoignage de l’intérieur de la vie d’un enfant, marqué par la misère affective, financière, culturelle et sociale. A vrai dire, on retient plus cet aspect là que l’aspect « jeune gay chez les pauvres », qui est finalement moins marquant que tout le reste – et c’était peut-être un des buts recherchés. Le dispositif littéraire mis en place par Edouard Louis, qui entremêle le style parlé de sa famille avec un style littéraire plus soutenu, est très efficace et amène beaucoup de vie à son récit.
Bien entendu, comme dans tout récit d’autofiction (ou ressemblant à de l’autofiction), on se prend à se demander ce qu’il a réellement vécu, ce qu’il a inventé, ce qu’il a déformé; et ce jeu ne fait finalement qu’augmenter l’intérêt pour l’histoire et style, si maîtrisé, de l’auteur. La presse, notamment locale, s’est déjà posé la question, et comme il se doit la réponse est plus qu’ambivalente…

On ne criera pour autant pas au génie tout de suite, tout d’abord parce que la construction est un peu paresseuse, Louis optant pour de courts chapitres vaguement thématiques, dont on a l’impression qu’ils pourraient s’assembler dans un ordre différent sans trop d’impact sur l’ensemble.
On aimerait aussi le lire sur un sujet moins autobiographique et le voir se confronter à autre chose que son histoire personnelle, aussi réussie et touchante soit-elle.
C’est néanmoins un brillant démarrage, captivant et prenant, qui se lit quasiment d’une traite, et donc chaudement recommandé.
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