Le genre de livres qu’on achète le samedi et qu’on termine le lundi. Le genre de livres dont on garde 20 pages le dimanche soir pour pouvoir le terminer le lendemain; et dont on pense à ces 20 pages toute la journée le lundi (car bien sûr tout monte en puissance jusqu’au dénouement final). Le genre de livres dont certaines scènes donnent des frissons en les lisant et en y repensant; et qu’on imagine direct comme des scènes de cinéma. Le genre de livres qui vous amènent à vous passionner pour des exposés sur des sujets improbables (le droit familial anglais !!!).

Pourquoi donc ? Parce que Ian Mc Ewan est un conteur hors pair, au style précis, méthodique, économe de ses effets, ultra efficace, et à l’élégance rare.
Parce qu’il est d’une finesse psychologique rare, et qu’il nous fait rentrer dans la tête de la juge Fiona Maye, cette juge de 59 ans, dont le couple se délite alors qu’elle doit faire face à des affaires juridiques sensibles et complexes. La délicatesse de ses descriptions, son attention aux détails les plus insignifiants mais qui veulent tant dire, la justesse de ses remarques, c’est sans doute ce qui fait de Mc Ewan un des grands romanciers anglais du moment.
Mais aussi parce qu’on se rend compte que, loin d’être aride et rébarbatif, dans le récit de Mc Ewan le droit devient passionnant, vivant, troublé, troublant; qu’il s’incarne dans des personnages incroyablement bien campés, qui prennent part à leur tour au récit et à l’intrigue.Beau tour de force de la part de l’écrivain !
La construction de ce court roman est implacable, monte tranquillement en puissance, avec quelques pics intermédiaires, et vers un final qu’on sent venir gros comme une montagne mais qui nous surprend quand même et nous étreint d’émotion…

Et au final, bien sûr, un portrait de femme d’aujourd’hui, sans artifice ni concession, mais sans rudesse excessive. Une femme qu’on n’est pas sûr d’avoir envie de rencontrer, mais qu’en même temps on aimerait connaître un peu plus. Finalement, ces 223 pages ont sans doute passé un peu trop vite, mais s’étendre plus longuement aurait tellement manqué de cette finesse et de cette sensibilité qui imprègnent le livre…
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