En 1982, Patrick Juvet a 32 ans, tout juste 10 ans de carrière, et son succès est déjà derrière lui. Après l’échec de « Still Alive », un album progressif aux 6 longs titres en 1980, il revient 2 ans plus tard avec « Rêves immoraux », dans une veine qui renoue avec ses racines de variété française.
Bon, le scandale n’est pas général, mais c’est surtout pour moi, qui, à 12 ans, découvre ce chanteur via ce titre étrange, littéraire, onirique, et à mes oreilles sulfureux. Dès le premier vers, Jean-Louis Dabadie (car c’est bien le futur académicien français qui a écrit le texte, excusez du peu!) évoque des « statues de marbre qui font l’amour intégral », et l’on se demande bien de quoi il peut s’agir. Un peu plus loin, « la grâce de deux garçons qui s’enlacent », et juste avant le refrain, Patrick Juvet « tombe des nues » grâce à une « caresse inconnue »… Cela paraît à la fois naïf et pourtant troublant, incroyablement daté et assez osé pourtant; on hésite entre le soft porn de M6 du dimanche soir et l’érotisme discret.

Pourtant, Juvet ne faiblit pas; il enchaîne sur une veine BDSM dans le couplet suivant et évoque « les sévices de l’enfer et de sa directrice », qui finalement la « boit jusqu’à sa mort ». Si le moi de 51 ans trouve tout cela gentillet et bizarrement poétique, le moi de 12 ans en 1982 est perplexe en écoutant cette chanson à laquelle il ne comprend pas tout (franchement, « je bois avec délice mon calice jusqu’à la lie » dans le refrain, qui écrirait ça aujourd’hui ?) mais dont il comprend bien que c’est olé olé sans trop savoir pourquoi.
Et si c’était ça un grand texte ? Pour accompagner, Juvet, grand mélodiste devant l’éternel, livre une belle composition au piano, méditative, ample, généreuse, avec des nappes de synthé du meilleur aloi; quelques aspérités comme cette pointe aigue au moment de « l’arme ambigüe qui le transperce », et sa belle voix un peu voilée, qui n’abuse pas des effets de tête.
Puissent ces « rêves immoraux » accompagner longtemps tous ceux qu’ils auront un jour troublé…
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