Le Serpent, glacial et remarquable

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Difficile de rester insensible à une série comme le Serpent. Au début, on se demande vraiment ce qui pourrait nous attirer dans une série relatant le parcours d’un obscur serial killer des années 70 en Thaïlande. Et puis, au terme des 45 premières minutes, on est saisi par un drôle de malaise, on a l’impression de commencer un bad trip, dont on se demande jusqu’où il peut aller.


D’abord, première énorme réussite, Tahar Rahim est plus que convaincant en Charles Sobhraj. Il fallait un interprète de gros calibre pour assurer le côté voyou magnifique, manipulateur hors pair, mais aussi escroc sans coeur, tueur sans scrupules, capable de s’attacher d’inexplicables fidélités – et des haines tenaces aussi. Netflix l’a trouvé avec lui.
Autre réussite, la confrontation – presque toujours à distance – Sobhraj / Knippenberg, le diplomate hollandais en poste à Bangkok qui se prend d’intérêt pour cette affaire, ne lâche pas la pression, court de multiples pistes, met en danger sa carrière et sa vie privée pour une cause que personne ne lui demande de défendre. Un très beau portrait de personnage, pas forcément attachant, mais fouillé et crédible.


On voit quelques critiques négatives sur la construction temporelle un peu embrouillée de la série, avec ses multiples mouvements en arrière et en avant. A vrai dire, le procédé est très classique, le fil de l’action se suit sans problème; là aussi avec des répétitions de mêmes moments dans des épisodes différents qui permettent de jeter un nouveau coup d’oeil à des scènes déjà vues – et souvent avec la conscience glacée du drame dont on sait qu’il va se dérouler. Et l’on comprend rapidement que cette confusion des temps, c’est celle des esprits de ceux que Sobhraj manipule, embobine, met sous son emprise; et aussi celle des enquêteurs qui ne savent plus où donner de la tête dans ses nombreux voyages, ses multiples identités – d’où l’aspect insaisissable du serpent du titre.


Enfin, autre franche réussite, la photographie et la recréation du Bangkok et de l’Asie des années 70. Bon, je ne sais pas si Bangkok ressemblait vraiment à ça, mais on y croit à fond; la reconstitution est franche et massive et j’ai marché à fond, me demandant souvent comment on pouvait recréer des scènes de rue aussi denses. CGI à fond j’imagine, mais un résultat convaincant et un vrai parti pris esthétique. Je comprends aussi qu’on puisse ne pas apprécier car cela donne une image lourde, chargée, pas toujours belle.


Jusqu’au bout, on est pris par l’intrigue, poursuivi par ce malaise, on veut savoir comment va s’achever ce road trip sinistre, on se demande comment les protagonistes peuvent tomber sous la coupe de ce sinistre personnage et on le comprend sans doute un peu. Glaçant et remarquable.


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