J’avais un peu tardé pour lire Le coeur de l’Angleterre de Jonathan Coe et l’avais un peu regretté; je me suis donc jeté sur son nouveau roman, « Billy Wilder et moi ».

L’inspiration est fort différente : on passe de l’évocation de l’Angleterre contemporaine, à un hommage au réalisateur Billy Wilder, par le biais de la jeune Callista, qui le rencontre par le plus grand des hasards à Hollywood et quelques mois après accompagne un peu le tournage de son dernier film Fedora, en Grèce; sans rien connaître – au moins au début – au milieu du cinéma, à la vie de tournage, et à l’aura du cinéaste.
Ceux qui apprécient l’art de Jonathan Coe apprécieront sûrement ce court roman, d’un peu moins de 300 pages. Le personnage de Callista est charmant, pétillant; son ingénuité apporte beaucoup de fraîcheur au roman, et les allers et retours entre hier et aujourd’hui permettent quand même à Coe de distiller quelques remarques sur l’air du temps, le temps qui passe et les enfants qui s’en vont.

Mais le vif du sujet reste bien sûr l’évocation de Billy Wilder, dont on comprend vite que Coe est un admirateur éperdu et un spécialiste de la vie et de l’oeuvre. Le choix de ce moment particulier dans sa carrière, son avant dernier film, qu’il n’avait pas réussi à monter à Hollywood et qu’il a dû faire financer en Europe; le retour de l’Autrichien Wilder en Allemagne; la relation de travail entre Izzie et Billy; tout cela Coe le même en scène de manière élégante, convaincante. Mais c’est un peu le souci du livre : on a l’impression que Coe a habillé un essai, pas inintéressant, sur la fin de la carrière de Wilder, le moment où il est devenu has been, sous la forme d’un roman; et que si certains personnages sont bien troussés, d’autres sont plutôt des prétextes; et les nombreuses et longues scènes de table l’occasion de narrations sur le passé parfois un peu indigestes.
Cependant, ce qui sauve le livre, c’est Callista elle-même. Coe arrive à donner à ce personnage qui aurait pu être artificiel et un peu léger une vraie personnalité attachante, une vitalité; mais aussi un recul sur les choses et sur elle-même, qui emporte le lecteur à la découverte du crépuscule d’un géant du cinéma dont il faut bien dire qu’on ne connaissait pas grand chose. C’est peut-être même un regret, on aurait finalement voulu en savoir un peu plus sur la carrière ultérieure de Callista musicienne, sur sa vie à Londres aujourd’hui…
Néanmoins, mission accomplie : à la fin du livre, on n’a qu’une envie : trouver en ligne une version de ce Fedora pour voir vraiment ce qu’il en était !
Ils en parlent aussi : Wilfried Bredel sur le site Bruit Blanc, Santiago Artozqui sur le toujours pertinent En attendant Nadeau.
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