The Loves of My Life d’Edmund White : un rendez-vous manqué

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J’ai lu The Loves of My Life, dernier ouvrage d’Edmund White, avec un mélange de curiosité et de nostalgie. Sous-titré par l’auteur lui-même A Sex Memoir, ce livre n’est pas encore traduit en français, mais j’ai voulu m’y plonger en version originale, attiré par la renommée de l’auteur et par le souvenir puissant de ses romans des années 80, qui avaient marqué le jeune adulte que j’étais à l’époque.

Couverture du livre The Loves of My Life d’Edmund White – Bloomsbury Publishing
The Loves of My Life, Edmund White, Bloomsbury Publishing, 2025

Un monument littéraire toujours debout

Il faut reconnaître à Edmund White, aujourd’hui âgé de plus de 80 ans, une vitalité d’écriture étonnante. Sa faconde est intacte. On sent un vrai plaisir à raconter, une verve parfois jubilatoire. Et c’est déjà, en soi, une joie de retrouver une voix aussi singulière et libre.

Car White, au-delà de ses premiers romans « cryptogays », a été l’un des tout premiers auteurs ouvertement homosexuels à documenter la vie intime des jeunes gays américains et européens. Il a vécu en France, en Italie, et cette trajectoire transatlantique irrigue aussi ses mémoires. On sent une voix unique, pionnière, explicite sans être racoleuse, capable de dire sans détour ce que furent les années 50 à Cincinnati pour un adolescent gay dans une famille peu ouverte sur le sujet.

Edmund White, à plus de 80 ans, continue d’écrire avec une verve étonnante, une voix libre et singulière

Ce qui m’a particulièrement intéressé dans cette lecture, c’est cette manière qu’a White de traverser l’histoire en mêlant le personnel et le collectif. Être adolescent gay dans les années 50, jeune adulte dans le New York des années 60, c’était vivre caché, sous menace constante. White raconte cela sans pathos, mais avec une lucidité et une franchise rares. Il évoque aussi des relations où il ne tient pas toujours le beau rôle, avec une auto-ironie bienvenue. Ces passages, à hauteur d’homme, sont parmi les plus forts du livre.

Un récit décousu, une ambition littéraire en retrait

Malgré ces qualités, The Loves of My Life m’a globalement déçu. Et je crois qu’Edmund White en a conscience lui-même. Dans les remerciements, il évoque ce livre comme une suite d’anecdotes de fin de repas… et c’est exactement l’effet produit à la lecture. Une succession d’histoires, parfois drôles ou touchantes, mais sans réelle structure. Ni construction narrative, ni véritable tension. Même la chronologie n’est pas toujours claire.

Le style m’a paru relâché, sans l’élégance ou l’intensité de ses grands romans. J’ai eu l’impression d’un texte un peu paresseux, en roue libre, malgré quelques fulgurances. Et ce qui aurait pu être une traversée lucide de la mémoire devient parfois une accumulation de souvenirs amoureux. On a l’impression que chaque chapitre présente un nouvel « amour de sa vie », à tel point qu’on finit par en perdre le fil. Le lecteur ne comprend pas bien où se situe son compagnon actuel, à peine évoqué, peut-être masqué sous un pseudonyme.

Ce qui aurait pu être une traversée lucide de la mémoire devient parfois une accumulation de souvenirs amoureux

Un témoignage sincère, mais mineur

Au final, The Loves of My Life se lit avec une forme d’intérêt — parfois nostalgique, parfois curieux — mais sans la densité émotionnelle ni littéraire de ses meilleurs textes. Il y a des pages qui éclairent une époque, qui réveillent une mémoire collective, mais l’ensemble manque d’unité et d’envergure.

Portrait d’Edmund White en 2011 par David Shankbone
Edmund White, 2011 – Photo : David Shankbone / Wikimedia Commons

Pour découvrir (ou redécouvrir) la puissance de la plume d’Edmund White, mieux vaut se replonger dans sa trilogie autobiographique des années 80 : Un jeune Américain (A Boy’s Own Story), La chambre de l’oubli (The Beautiful Room Is Empty) et Symphonie pour adieux (The Farewell Symphony). Ces livres-là, oui, sont formidables.


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