« Evidemment » : quand Voyou et Delerm réinventent le deuil chez Berger

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À la première écoute de la reprise d’Évidemment par Voyou et Vincent Delerm, j’ai tout de suite été cueilli par l’univers musical de Voyou. Cette sorte de bossa française mélancolique, immédiatement reconnaissable, installe d’emblée une élégance chaloupée.

Le style de Voyou, c’est précisément cette pop ingénieuse et « bricolo » : un artisanat sonore plein de trouvailles, où se croisent la légèreté des rythmiques sud-américaines — bossa nova ou samba —, des cuivres chaleureux et des arrangements électroniques délicatement bricolés.

Face à lui, le monde de Vincent Delerm semble à la fois si proche et si différent.Delerm, c’est l’orfèvre du quotidien intimiste, une diction presque parlée au creux de l’oreille, un piano-voix cinématographique qui traque les détails minuscules de l’existence avec une nostalgie douce-amère.

Alors, pourquoi ces deux-là se retrouvent-ils sur ce titre ? Au départ, l’association intrigue : qu’est-ce qui réunit le bricoleur solaire de la pop et le chroniqueur mélancolique de nos solitudes ? Peut-être justement ce goût partagé pour une pudeur très française, capable d’aborder des émotions immenses sans jamais verser dans le pathos.

Pourtant, ma toute première réaction a été le rejet : cette ambiance musicale ne collait pas du tout à la chanson.

Évidemment, c’est le deuil à l’état pur. C’est l’absence tragique de Daniel Balavoine, le vide immense laissé dans les vies de France Gall et de Michel Berger. Un sujet éminemment triste et émouvant, gravé dans nos mémoires à travers le slow synthétique, sobre et solennel de l’originale de 1987. Peut-on chanter un manque aussi vertigineux sur une bossa tropicale ? « Évidemment », non.

Eh bien en fait, si.

Il suffit de tendre l’oreille aux mots de Berger : « On danse encore, sur les accords, qu’on aimait tant. » Si l’on danse, la bossa prend tout son sens, bien plus qu’un slow figé dans le recueillement. C’est Michel Berger lui-même qui nous y autorise.

Et puis cet air exotique, un brin désabusé, presque dépressif mais infiniment tendre — magnifié par le dialogue entre l’énergie organique de Voyou et le timbre chaud, familier de Delerm —, raconte autre chose que l’effondrement : il raconte la vie qui reprend petit à petit ses droits. Les petits riens du quotidien et les sourires qui reviennent timidement, même à l’ombre d’une grande disparition.

Finalement, quand on y réfléchit, cette bossa va parfaitement à Évidemment. Une belle intuition pour un duo qu’on n’avait pas forcément vu venir, mais qui sonne comme une évidence.


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